23 mars 2013

De la suite dans les idées

Je viens de relire des nouvelles que j'ai écrites il y a plus de 20 ans et je suis étonnée de leur ressemblance avec les textes figurant dans mon recueil «Visite la nuit», que ce soit du point de vue des thèmes abordés ou du style. Bien sûr, il y a une évolution, mais je remarque aussi de la suite dans les idées!

Deux textes en particulier, sur lesquels j'ai travaillé pendant de nombreuses années (par intermittence), sont des exemples, je pense, de la continuité de mon travail au fil des ans. Ainsi, ma nouvelle «Margaux Duval» (dont l'histoire se déroule au début du 17e siècle en France, à l'époque de la Nouvelle-France) a d'abord été un roman commencé en 1989. Comme cette période de ma vie était plutôt occupée, je n'ai écrit que quelques pages, qui ont fini rangées dans une chemise en carton. Je me suis remise au travail neuf ans plus tard, en 1998, et j'ai terminé mon roman en 2000. Puis je l'ai à nouveau travaillé en 2002, pour finir par le transformer en nouvelle en 2010, en passant de 165 pages à 40, et en passant d'une narration à la troisième personne à un récit à la première personne. Exercice très formateur!

La nouvelle «La rencontre de Zoé», elle, est née lors d'un atelier d'écriture en 1999. L'animatrice (Laurence Kouby) avait donné comme déclencheur d'écriture le début du poème «Rouge à lèvres et poudrier de Blanche-Neige» de Frédéric Clément. Les participants devaient continuer l'histoire en enchaînant avec un mot pris au hasard dans une boîte. J'avais tiré le mot «étincelle».

Il y a longtemps
au marché aux puces de Varsovie,
pour une bouchée de pain
et trois pépins de pommes,
j'ai acheté

... une étincelle (et puis j'ai écrit une histoire...)

J'ai retravaillé le texte l'année suivante. J'avais supprimé le poème et la nouvelle commençait par: Il y a longtemps de cela, mais pas tant que cela, à Varsovie ou peut-être ailleurs, je suis entrée dans le ghetto. Puis en 2002, la narration est passée à la troisième personne. La dernière version date de 2010-2011, en voici le début: Il y a longtemps de cela, mais pas si longtemps que cela, un jour où les haut-parleurs retentissaient des enregistrements des gazouillis d'oiseaux, Zoé est entrée dans le ghetto. 

Le nom de la ville de «Varsovie» a été associé dans mon esprit au mot «ghetto», et l'histoire se passe dans une société future dominée par un état totalitaire.

En fait, ces deux nouvelles sont les seules, dans mon recueil, se déroulant à une autre époque que la nôtre. Toutes les autres nouvelles sont situées dans l'époque à laquelle je les ai écrites, en 2009-2012, même s'il y a des retours en arrière pour certaines.

J'aime écrire avec des déclencheurs, comme pour «Ligne de mire en direct», rédigée en janvier-février 2012, juste avant de l'envoyer pour le 14e concours de nouvelles du Lecteur du Val, qui exigeait que le texte commence par la phrase: «Un bruit bizarre sur le plateau. Tout le monde se fige... La caméra continue de filmer...»

Je vous parlerai la semaine prochaine du pouvoir créatif de la contrainte en écriture...

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