17 septembre 2016

La petite disparition

La lectrice soumise - Magritte (1928)*

J'ai trouvé en surfant sur la toile un beau texte de l'écrivaine Agnès Desarthe: Où je suis quand je lis?, paru dans l'ouvrage collectif "Lire est le propre de l'homme", qui rassemble les textes d'une cinquantaine d'auteurs de L'École des loisirs sur le thème de la lecture (École des loisirs, 2011, édition hors commerce).

En voici un extrait:

«Qu'on lise un roman classique ou un récit déstructuré, un sonnet ou une prose poétique, on procède par identification. Identification à un personnage, ou au narrateur, mais également identification à l'écrivain ou à la langue, ou encore au livre lui-même.

Il s'agit de sortir de soi, de se quitter, de présupposer une altérité séduisante, d'accepter de s'y laisser mener. "Où je suis quand je lis?", mais aussi: "Qui je suis quand je lis lis?" Je suis tour à tour le personnage, l'auteur, le mot, l'aventure. Je me dissous, et le fait que j'agrée volontiers cette petite disparition n'a rien à voir avec la haine de soi et tout à voir avec l'amour de l'autre.»
(Agnès Desarthe)

J'aime l'expression "cette petite disparition" d'Agnès Desarthe. Elle correspond bien à ce que je ressens quand je lis un livre. J'oublie le temps qui passe, où je suis, qui je suis. Je m'abstrais du monde pour en pénétrer un autre, celui de l'auteur, du narrateur, des personnages.

ll y a aussi une notion de confiance, d'abandon et de rencontre dans l'expérience de lecture. J'accepte de croire en ce monde fictif qui m'emmène ailleurs et j'en reviens plus riche. La rencontre intime avec des personnages, leurs pensées et leurs émotions, partager leurs choix et leurs actions, traverser de nouveaux lieux et paysages, tout cela élargit mon champ d'expérience.

Si j'additionnais toutes ces vies empruntées, je serai vieille de milliers d'années. Des drames et des joies, j'en ai vécus! Et les péripéties, parfois dangereuses ou mortelles, dont je sors sans une égratignure...

La nostalgie qui m'étreint en refermant un livre que j'ai aimé, en quittant les personnages auxquels je me suis identifiée, me confirme la réalité de cette expérience, puisque ce sentiment m'habite même en dehors du monde imaginaire.

Je vous propose de regarder l'excellente vidéo Lire à la folie de Solange (Solange te parle), qui illustre parfaitement le propos d'Agnès Desarthe.

*Source photo: http://www.wikiart.org/en/rene-magritte/the-submissive-reader-1928

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